Cas réels · Ils ont acheté
Ils ont acheté aux enchères : six ventes de l'été 2026, six leçons
Six adjudications suivies du cahier des conditions de vente au marteau. Ce que chaque acheteur a payé, ce que la fiche disait, et le mécanisme qui a décidé du prix.
- Publié le 14 Sep 2026
- 5 min de lecture
J'ai vu passer ces six ventes. Aucune n'est un cas d'école : des appartements et des maisons ordinaires d'Île-de-France, adjugés en juin et juillet 2026. Je n'ai l'identité d'aucun adjudicataire ; ce que je lis, c'est le prix, rapporté aux pièces.
1. La discipline, sous le plafond
T2 de 46,56 m² à Maisons-Alfort, tour des années 1970, occupé, tribunal de Créteil, 11 juin 2026.
| Mise à prix | 58 000 € |
| Adjugé | 146 000 €, soit 3 136 €/m² |
| Travaux retenus | environ 25 000 € |
| Revente estimée | environ 245 000 € |
| Marge au prix payé | 17 à 18 % |
Le marteau est tombé sous le plafond de la fiche. La ligne qui comptait : l'occupant verse une indemnité d'occupation de 704 € par mois, et la copropriété appelle environ 600 € de charges mensuelles. Le chantier est léger ; c'est le délai de libération qui portera ou rongera la marge.
2. Le prix où l'on s'arrête
T3 de 69 m² avec parking à Corbeil-Essonnes, occupé, tribunal d'Évry-Courcouronnes, 24 juin 2026.
| Mise à prix | 30 000 € |
| Adjugé | 80 000 €, soit 1 160 €/m² |
| Travaux retenus | environ 30 000 € |
| Marge au prix payé | environ 15 % |
C'est le niveau où un revendeur qui tient sa ligne s'arrête. Le parallèle est dans la même audience : le même jour, au même tribunal, poursuivi par le même cabinet, un duplex d'Arpajon mis à prix 15 000 € est monté à 159 000 €, ne laissant que 8 à 9 % de marge. Quand le bien séduit quelqu'un qui veut y vivre, le revendeur se retire.
3. La mise à prix qui n'était qu'une dette
T4 de 91 m² à Taverny, occupé, tribunal de Pontoise, 16 juin 2026.
| Mise à prix | 20 000 €, calée sur une créance de charges de copropriété |
| Adjugé | 168 000 €, soit 1 840 €/m² |
| Marge au prix payé | environ − 6 %, travaux et frais compris |
Le prix a été multiplié par plus de huit, et ce n'est pas une folie : c'est le plancher qui était artificiel. Une mise à prix calée sur une créance ne dit rien du bien. On la neutralise et on raisonne en coût de revient, 35 000 € de travaux et libération des occupants compris. À ce prix, il ne restait plus rien.
4. La réitération
Maison divisée en trois logements à La Courneuve, un loué, un occupé par le saisi, un studio vacant, tribunal de Bobigny, 16 juin 2026.
| Première adjudication | 238 000 € le 20 mai 2025, prix jamais payé |
| Mise à prix de la remise en vente | 70 000 €, la même qu'au premier passage |
| Adjugé | 186 000 €, 22 % sous le premier marteau |
Sur une réitération des enchères, la mise à prix affichée est un artifice de procédure. La vraie référence est le prix de la vente défaillie. Le premier acheteur, qui n'a pas consigné le prix dans les deux mois (art. R322-56 du code des procédures civiles d'exécution), reste tenu de la différence entre son enchère et ce second prix (art. L322-12) : 52 000 €, plus les frais.
5. La fissure du procès-verbal
Petite maison de 36,52 m² à Franconville, libre, tribunal de Pontoise, 16 juin 2026.
| Mise à prix | 70 000 € |
| Adjugé | 136 000 €, soit 3 724 €/m² |
| Travaux retenus | 22 000 € si les désordres sont cosmétiques, jusqu'à 110 000 € s'ils sont structurels |
| Extrapolation DVF, maisons du secteur | environ 196 000 € |
| Ce que la fiche retenait pour ce gabarit | 110 000 à 150 000 € une fois rénovée |
Une maison libre, disponible le jour même, et la salle a doublé la mise à prix. Le procès-verbal décrivait pourtant une fissure de façade qui se retrouve dans la salle de bains, et un plafond en partie effondré. À 136 000 €, frais compris, le coût d'entrée dépasse déjà le haut de la fourchette retenue pour ce gabarit : l'opération ne tient que si l'on croit l'extrapolation DVF, calculée sur des maisons bien plus grandes, et si les désordres sont cosmétiques. Sur ces petites maisons, c'est l'état du bâti qui fixe le résultat, bien plus que la surface.
6. Le problème, au prix du problème
Appartement de 77 m² à Villeneuve-Saint-Georges, occupé, dans une copropriété sous administration judiciaire depuis 2015, tribunal de Créteil, 25 juin 2026.
| Mise à prix | 25 000 € |
| Adjugé | 26 000 €, soit 338 €/m² |
| Prix du milieu au code postal (DVF), tous appartements | environ 2 500 €/m² |
| Ce que la fiche retenait pour ce grand ensemble | 600 à 1 200 €/m² |
La fiche écartait le dossier avant l'audience, et la salle l'a confirmé. Quelqu'un a accepté le problème, au prix qui couvre la créance du syndicat et les frais. Trois verrous expliquent ce prix : dix ans d'administration judiciaire, un logement occupé dont la libération sera longue, une étiquette énergie F.
Sur les 5 022 ventes adjugées suivies par MdB Scanner, 241 sont parties exactement à la mise à prix, et 315 en dessous, après une remise en vente sur un montant réduit, ce qu'une licitation ou une liquidation peut prévoir. Ni les unes ni les autres ne sont des occasions par défaut : c'est le dossier qui le dit.
Ventes judiciaires adjugées du site, prix publiés par les tribunaux et les sources. Le détail par département : les résultats d'enchères.
Ce qu'il faut retenir
Dans ces six ventes, le prix de départ n'a jamais expliqué le prix final. Ce qui l'a expliqué, chaque fois, était dans les pièces : une indemnité d'occupation, une créance de charges, une adjudication défaillie, une fissure traversante, une administration judiciaire. Fixer son plafond commence par ces lignes-là.
Dans le dossier. Chaque fiche archivée garde le prix adjugé, les comparables du secteur et le commentaire de résultat. Les ventes en cours.
Les ventes citées
Chaque fiche porte les pièces, les comparables et, quand la vente est passée, le prix au marteau.
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Photo manquante
Appartement · 46 m² Maisons-Alfort (94) Mise à prix 58 000 € Adjugé 146 000 € -
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Appartement · 68 m² Corbeil-Essonnes (91) Mise à prix 30 000 € Adjugé 80 000 € -
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Appartement · 76 m² Arpajon (91) Mise à prix 15 000 € Adjugé 159 000 € -
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Appartement · 91 m² Taverny (95) Mise à prix 20 000 € Adjugé 168 000 € -
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Maison · terrain 159 m² La Courneuve (93) Mise à prix 70 000 € Adjugé 186 000 € -
Photo manquante
Maison · terrain 159 m² La Courneuve (93) Mise à prix 70 000 € Adjugé 238 000 €
Questions
Que devient un acheteur qui n'a pas payé le prix dans les deux mois ?
Le bien est remis aux enchères à ses risques, c'est la réitération des enchères, et si le second prix est inférieur au sien, il doit la différence, plus les frais. À La Courneuve, la maison adjugée 238 000 € en mai 2025 est repartie à 186 000 € en juin 2026 : l'acheteur défaillant reste tenu des 52 000 € d'écart.
Pourquoi certains biens partent-ils à la mise à prix, ou juste au-dessus ?
Parce que la salle a lu le dossier. Un bien qui part à la mise à prix, ou juste au-dessus, c'est soit un problème que personne ne veut, soit une seconde mise en vente après une baisse prévue par le jugement qui ordonne une licitation ou une liquidation, soit un poursuivant déclaré adjudicataire faute de toute enchère. Dans les trois cas, le prix n'est pas une occasion, c'est une information.
Un occupant dans les lieux empêche-t-il une opération de revente ?
Non, il la date. À Maisons-Alfort, l'acheteur a pris un T2 occupé sous le plafond de la fiche, avec une indemnité d'occupation en cours et des charges à porter pendant la libération. La marge existe, mais chaque mois de délai en mange une part : c'est le délai, pas le chantier, qui décide.
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