Cas réels
134 m² à Vincennes adjugés 350 000 € : la surenchère peut encore tout changer
Deux techniques dans une seule vente. La mise à prix baissée, qui lui a donné l'appartement à la moitié du prix de départ. La surenchère du dixième, qui peut le lui reprendre le 8 octobre.
- Publié le 19 Aoû 2026
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L'appartement fait 134 m² au premier étage, à deux pas du château de Vincennes. Deux entrées, un séjour double, trois chambres, cheminées presque partout, parquet à coupe perdue. Et tout le confort de 1950 : simple vitrage, persiennes en fer, salle de bains d'époque, une installation électrique avec des anomalies selon le diagnostic. Rénové, le site le chiffrait entre 1,1 et 1,35 M€, pour 70 000 à 110 000 € de travaux.
Il a été adjugé 350 000 € le 2 juillet 2026, au tribunal de Créteil.
Première stratégie : se taire à 700 000 €
La mise à prix était de 700 000 €. Ce n'est pas une saisie mais une licitation : trois poursuivants, un jugement de juin 2023 qui ordonne la vente, trois ans pour arriver en salle. Le 30 mars, le commissaire de justice est venu avec un serrurier et un diagnostiqueur. L'occupant, convoqué douze jours plus tôt, l'attendait à dix heures. Il ne connaît ni le syndic ni les charges : c'est l'indivision qui paie. Est-il lui-même indivisaire ? Le cahier le dirait, et je ne l'ai pas. S'il l'est, il n'a probablement pas de bail, il doit une indemnité d'occupation (art. 815-9 du code civil) qui se réglera au partage, et il n'a aucune échéance.
En licitation, le jugement d'adjudication ne vaut pas titre d'expulsion (Cass. 2e civ., 17 novembre 2022, n° 20-18.047). L'acquéreur d'une saisie fait partir le saisi sur son jugement ; celui d'une licitation doit ouvrir un procès.
Le 2 juillet, à 700 000 €, le prix dit que personne n'a levé la main. Le cahier n'est pas dans les pièces que j'ai pu lire : je lis la baisse dans le prix, pas dans la clause. En licitation, c'est le jugement qui ordonne la vente qui fixe, s'il le veut, une mise à prix inférieure faute d'enchère, et le cahier la reprend. Ceux qui l'ont lue attendent 350 000 €.
À 350 000 €, une main a suffi, celle d'un avocat. Le résultat publié dit 350 000 € ; la surenchère qui suivra, calée à l'euro sur 351 000 €, laisse penser à une enchère de mille euros sur la mise à prix réduite.
Dans les données MdB Scanner
- 5 022 adjudications suivies, avec leur prix
- 315 tombées sous leur mise à prix
- mais 89 sur 446 quand la mise à prix atteint 300 000 €, soit 20 %
Les grosses mises à prix décrochent bien plus souvent que les petites. C'est sur ces lots que la mise à prix baissée devient le vrai prix de départ.
Le deuxième coup : rouvrir la vente avec une garantie d'environ 35 000 €
Le commentaire de résultat, trois jours après l'audience, donnait à l'acheteur une marge d'environ la moitié de la revente visée, travaux compris, avant impôt et avant portage. Il avait aussi dix jours à attendre. Dans ces dix jours, un particulier, par son avocat, a déposé au greffe une surenchère d'un dixième, garantie comme la loi l'exige par une caution bancaire ou un chèque de banque du dixième du prix. Nouvelle mise à prix : 386 100 €. Pour enchérir le 8 octobre, chacun consignera 38 610 €.
C'est le coup de celui qui n'était pas là, ou qui n'a pas osé. Ou, dans une licitation, d'un proche de l'indivision qui trouve le prix trop bas : la surenchère est alors un rattrapage, pas un signal de marché. Dans les deux cas, le surenchérisseur remet tout le monde en salle, le premier acheteur compris, qui revient en sachant que le bien vaut au moins 386 100 € pour un autre. Et personne ne pourra plus surenchérir.
Dans les données MdB Scanner
- 152 surenchères du dixième repérées, dont 140 avec leur seconde audience
- 44 fois, le surenchérisseur est resté seul et a eu le bien à son prix
- 96 fois, la salle est revenue : une fois sur deux, prix remonté d'au moins 29 % au-dessus de la surenchère
Surenchérir ne vous donne pas le bien à +10 % : ça vous donne le droit de le disputer, en partant de +10 %.
La vente aura lieu le jeudi 8 octobre à 9 h 30, à Créteil. L'avis finit sur une ligne : il n'y aura pas de visite. Ceux qui ont visité avant la première vente enchériront sur ce qu'ils ont vu, les autres sur un constat de cent deux pages.
Et si l'acheteur était l'un des indivisaires ?
Je n'ai pas l'identité de l'adjudicataire ; ce qui suit est un scénario.
Dans une licitation, l'issue la plus banale est qu'un indivisaire rachète. Il avance le prix entier, mais une part lui revient au partage, après les frais, les créanciers et les comptes entre indivisaires. Combien, je n'en sais rien, leurs parts ne sont pas dans mes pièces. Mais son coût net est plus bas que celui de n'importe qui dans la salle. Si c'est lui, la surenchère a frappé à la porte de quelqu'un qui ne partira pas.
Ce qu'il faut retenir
- Sur un gros lot occupé, lisez la procédure avant la clause de baisse : elle vient du jugement, pas du cahier.
- En licitation, l'adjudication ne donne pas de titre d'expulsion : le portage se chiffre en années possibles.
- Une surenchère rouvre la vente, elle ne la conclut pas.
Rendez-vous le 8 octobre
Par la formule du site, un marchand de biens qui vise 1,1 M€ de revente, le bas de la fourchette, avec 90 000 € de travaux et 12 % de marge, s'arrête à 748 419 €, hors coût du temps. Chaque 10 000 € de portage retire environ 9 000 € à ce plafond, et sans titre d'expulsion le portage se compte en années. La salle ne s'est pas tue par ruse : à 700 000 €, il ne restait plus rien pour le temps, deux ans de portage suffisent à faire passer ce plafond sous la mise à prix.
Mon pronostic : 386 100 €, la mise à prix, si la salle ne revient pas, ce qui arrive dans 31 % des cas dans nos archives. Si elle revient, jusqu'à 499 905 €, ce qu'atteint une surenchère relancée sur deux. On saura ce jour-là si l'occupation tient les acheteurs à distance même à 386 100 €. Je mettrai cet article à jour après l'audience, avec le prix définitif en tête.
Pour suivre. La fiche de la vente du 2 juillet garde l'analyse d'avant et le commentaire de résultat. La vente sur surenchère du 8 octobre a sa propre fiche : suivez-la pour être prévenu du résultat.
Les autres ventes citées
Chaque fiche porte les pièces, les comparables et, quand la vente est passée, le prix au marteau.
Questions
Comment savoir avant l'audience si la mise à prix peut baisser ?
En saisie immobilière, elle ne le peut pas : le créancier poursuivant fixe la mise à prix et, faute d'enchère, il est déclaré adjudicataire d'office à ce montant (art. L322-6 du code des procédures civiles d'exécution) ; le juge ne peut pas adjuger plus bas (Cass. 2e civ., 13 juin 2024, n° 22-10.790), même quand un cahier porte encore une clause de baisse. En licitation, personne n'est adjudicataire d'office : la baisse, quand elle existe, a été fixée par le tribunal dans le jugement qui ordonne la vente (art. 1273 du code de procédure civile), et le cahier la reprend. Lire la procédure avant la clause.
La surenchère du dixième, ça coûte quoi et ça rapporte quoi ?
Une déclaration au greffe par avocat dans les dix jours de l'adjudication, un prix majoré d'au moins un dixième (art. R322-50), et une caution bancaire ou un chèque de banque du dixième du prix adjugé (art. R322-51). En échange, la vente est rouverte : si personne n'enchérit, le surenchérisseur est adjudicataire. Mais tout le monde peut revenir, y compris le premier acheteur, et personne ne pourra surenchérir sur la seconde adjudication (art. R322-55).
Un indivisaire peut-il enchérir sur le bien qu'il occupe ?
Oui, par avocat comme tout le monde, et c'est fréquent dans une licitation. Il paie le prix comme vous, mais au partage sa quote-part lui revient, une fois réglés les frais, les créanciers et les comptes entre indivisaires. Son coût net est plus bas que le vôtre, et le vôtre est le prix affiché.
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